Question de la semaine

Combien y a-t-il d'éco-quartiers à Nanterre?
 
facebook


Accueil Actualités "Profiter du dynamisme existant"
"Profiter du dynamisme existant" PDF Imprimer

julien-sageokInterview de Julien Sage, 5e Adjoint au Maire, chargé de l’environnement et de l’écologie urbaine.

Quelle est votre définition de l’écologie urbaine ?

"L’écologie est, à l’origine,  la science qui étudie les liens et les relations entre les êtres vivants, et au-delà les interactions et les rapports entre les sciences. Politiquement, c’est la recherche de l’équilibre. L’écologie urbaine est donc la recherche d’un équilibre urbain entre l’homme et la ville dans son côté classique : immeubles, transports, activités commerçantes, industrielles, de loisirs mais aussi les espaces verts, les services publics etc.

Pour moi, adjoint à l’environnement, cet équilibre urbain se traduit bien sûr dans l’équilibre existant entre la ville, les espaces verts et la biodiversité, mais aussi dans l’équilibre du choix énergétique qu’on peut offrir aux Nanterriens, l’équilibre des services publics sur la ville etc. C’est donc une notion qui demande des ajustements permanents, surtout à Nanterre, qui est une ville en constant mouvement."


Pourquoi Nanterre ne s’est-elle pas dotée d’un Agenda 21 (1) ?

"L’Agenda 21 n’est pas assez exigeant, il est basé sur un consensus qui entrave son efficacité. A Nanterre on a choisi de le remplacer par le plan climat territorial (PCT, lien interne vers l’état des lieux du PCT), pour mener les actions qui nous semblent essentielles.
Depuis quelque temps, on a beaucoup de visites d’élus d’autres villes mais aussi de représentants d’ONG… Tous sont étonnés de l’étendue de nos réalisations, autant d’expérimentations et de réflexions différentes. Grâce au PCT, Nanterre est devenue une ville en pointe du côté des actions énergie-climat,  alors qu’à la base ce n’était pas un objectif politique de la ville.
Nous réussissons aussi plutôt bien côté biodiversité –même si on peut s’améliorer... Sur ce plan, nous avons vraiment été stimulés par la demande des habitants, qui se sont beaucoup mobilisés autour de la question des jardins ouvriers et qui participent très nombreux à des opérations comme « Laissons pousser ». Il y a quelque chose qui émerge, de façon autonome, avec les jardins partagés, l’opération ciné jardins, la création d’une association de jardinage... Les jardiniers de la ville, eux aussi, sont très concernés : à la base, on avait juste lancé la gestion différenciée des espaces verts, très vite ils ont décidé de créer chaque année une création florale, une floralie, l’année dernière ils ont végétalisé un appartement entier... Bref, on sent qu’il y a une envie ! Bien sûr, on peut faire plus, organiser des échanges de boutures ou encore monter un marché aux graines mais surtout, on doit soutenir les initiatives et les expérimentations citoyennes autonomes. Cela me semble essentiel, parce que la ville ne peut pas porter tout, toute seule, sur son territoire ; mais si tout le monde s’y met, à la mesure de ses envies, de ses moyens, de ses objectifs, alors on peut vraiment avancer !"


Quelle est la réalisation qui vous semble la plus emblématique à Nanterre ?

"C’est sans conteste le festival Ecozone : il est vraiment dans l’esprit de la  démocratie participative, il s’inscrit parfaitement dans l’esprit de la ville, ce côté « on ne fait pas tout tout seuls, si vous avez envie de faire quelque chose, faites-le, on vous soutiendra ». Lors de l’Ecozone, bien sûr, nous présentons nos actions, nos projets, mais c’est surtout un lieu idéal pour les habitants qui veulent montrer ce qu’ils font. Par exemple ces trois familles qui ont construit des maisons en paille et en bois avec des matériaux de récupération, qui se sont débrouillés tout seuls. L’Ecozone c’est une vitrine, la vitrine de ce que tout le monde peut faire ! Cela nous permet enfin de ne plus être seulement dans l’abstrait, dans des discussions qui peuvent paraître lointaines autour du réchauffement climatique, c’est une action comme les habitants en réclament, concrète et conviviale."

Quels sont pour vous les enjeux de ces Assises ?

"Ce qui peut être intéressant, c’est de mettre en synergie, en réseau, des gens qui ne se connaissent pas, de créer un lieu de rencontres et de profiter du dynamisme qui existe.
Ce que j’espère aussi, c’est que les Assises nous permettront de déterminer des axes de travail qu’on n’a pas étudiés jusqu’à présent. J’en attends une stimulation extérieure, avec des questions neuves et dérangeantes… comme celles de ce groupe qui travaille sur la finance responsable. Les Assises sont l’occasion de présenter leurs réflexions au grand public, et en particulier l’idée d’une charte interdisant de contracter de nouveaux prêts ou de faire affaire avec des banques qui travaillent dans les paradis fiscaux.  La Région Ile de France vient de signer une telle charte, à l’initiative des Verts.
Les Assises sont aussi l’occasion d’annoncer que des choix devront être faits, ensemble, sur le « triple 20 » du Grenelle, c’est-à-dire l’objectif  +23% d’énergies renouvelables dans la consommation finale, +20% de réduction des émissions de Gaz à Effet de Serre, - 20% des consommations énergétiques en 2020. Faute de financement, cet objectif est totalement impossible à atteindre pour nous dans les conditions actuelles:  d’après les études, cela couterait 100 millions d’euros à Nanterre en dix ans. Nous devons donc réfléchir ensemble sur nos choix futurs, nos priorités."


Quel intérêt de traiter ces questions par le processus des Assises ?

"L’écologie est la seule pensée politique qui puisse être traitée à la fois au niveau individuel et collectif. Elle fait le lien entre celui qui se brosse les dents à Nanterre en utilisant de l’eau, et la culture à outrance des palmiers à huile en Indonésie. C’est un problème global qu’il faut commencer à traiter au niveau individuel. Il y a donc des réponses collectives et individuelles à toutes les échelles, y compris à l’échelle communale. Et il faut qu’à notre échelle, celle de la ville, on arrive à  faire le lien entre l’individuel et le collectif , en n’oubliant pas qu’il y a un global. L’enjeu, c’est de savoir comment faire partager cette préoccupation environnementale, ce besoin d ‘arrêter le « tout-voiture » et la surconsommation. Comment faire passer le message à tout le monde y compris les populations précaires, les gens au chômage?"


Quel est selon vous le principal enjeu à Nanterre en matière d’écologie urbaine ?

"Officiellement c’est l’énergie car c’est là-dessus que la ville s’est le plus investie, mais à mon sens la vraie priorité c’est tout ce qui relève de l’urbanisme dans son sens le plus large ;  car cela regroupe l’urbanisme stricto sensu, la biodiversité, le bien-vivre, la préservation du paysage, la préservation de l’histoire de la ville. Le principal défi à venir pour Nanterre, c’est comment créer de la ville sur la ville : arrêter de faire « tabula rasa », intégrer  les grosses opérations du genre RD914 ou pont de Rouen et arrêter de faire de l’empilement sur l’ancien en rasant tout. On a trop souvent le regard sur les zones qui restent à conquérir et pas assez sur ce qui existe déjà et qu’on doit améliorer. Construire la ville sur la ville ce n’est pas forcément bétonner ou raser, c’est faire grandir l’existant et l’aménager tranquillement. A mon sens, c’est là qu’il y a un vrai enjeu."


Quel Nanterre rêvez-vous à l’horizon 2050 (fin du protocole de Kyoto) ?

"Ce serait une ville extrêmement vivante, intense, dense d’activités de toutes sortes ; dans chaque bout de quartier, il y aura un centre vivant, un vrai lieu de rencontres, un petit centre commercial de quartier avec 4-5 commerces sur un bout de rue. La voiture devra être beaucoup mieux intégrée, j’espère par exemple que n’existeront plus ces parkings qu’on voit en ouvrant sa fenêtre dans certains quartiers…
Ce sera une ville réparée par certains endroits, c’est-à-dire qu’on aura réussi à trouver une solution pour le Pont de Rouen ; une ville où les infrastructures routières et ferroviaires seront beaucoup mieux intégrées qu’actuellement et où il y aura un mix permanent entre l’activité productive et le lieu de résidence, avec par exemple des rez-de-chaussée d’immeubles accueillant des bureaux de TPE.
Côté urbanisme, de nombreux immeubles de bureaux seront convertis en logements. Un nouveau quartier émergera en bord de Seine, pour rattacher Nanterre au fleuve. L’université sera réellement intégrée dans la ville grâce, entre autres, à la construction d’un grand nombre résidences étudiantes. Le Petit Nanterre deviendra un éco-quartier : en prolongeant la ligne 1 du métro, en créant pourquoi pas un arrêt du RER E au pont de Rouen, en profitant du prolongement du tram,  en limitant considérablement la place de la voiture. Enfin, on aura transformé l’îlot ferroviaire des Groues en parc de loisirs urbains, sur le modèle du parc Tivoli à Copenhague, avec kart, bowling, boite de nuit, billard, pub, mur d’escalade… Cela créerait beaucoup d’emplois."

(1) L'Agenda 21 est un projet global et concret, dont l'objectif est de mettre en œuvre  progressivement et de manière pérenne le développement durable à l'échelle d'un territoire. Il est porté par la collectivité et mené en concertation avec tous ses acteurs : élus et personnels, habitants, associations, entreprises, structures déconcentrées de l'Etat, réseaux de l'éducation et de la recherche... Il se traduit par un programme d'actions visant à améliorer la qualité de vie des habitants, économiser les ressources naturelles et renforcer l'attractivité du territoire.


+ 7
+ 1
 

Désolé, vous ne pouvez pas laisser d'avis.